EXPO // GABRIEL RICO - NATURE LOVES TO HIDE // GALERIE PERROTIN PARIS

EXPO // GABRIEL RICO - NATURE LOVES TO HIDE // GALERIE PERROTIN PARIS

Nature loves to hide - Gabriel Rico - 23 mai au 14 aout 2020

Galerie Perrotin
76 Rue de Turenne
75003 Paris

. www.perrotin.com

Les formules de Gabriel Rico sont des expressions brèves et précises pour réaliser, résoudre ou obtenir quelque chose de concret. À partir d'une série de symboles et de règles, ces procédures permettent de régler des problèmes et d’exécuter des tâches. La grande différence entre les formules mathématiques et celles de Gabriel Rico réside dans le fait que les symboles de l’artiste sont des « choses », des éléments chargés de valeur par leur propre condition d’objets réels. Par conséquent, ces opérations ne consistent pas à représenter de façon symbolique ou abstraite un organisme réel, mais plutôt à synthétiser ou fusionner des choses existant d’un point de vue matériel. Le processus traditionnel de représentation est inversé en jouant avec des procédures absurdes. Au lieu de faire des abstractions de la réalité, nous partons de la physique de ces éléments pour ensuite les combiner et voir le résultat.


La galerie Perrotin présente Nature Loves To Hide, une exposition personnelle de Gabriel Rico. Treize œuvres se déploient sur la totalité des espaces : trois installations d’envergure dialoguent avec deux installations de plus petit format fixées au mur et sept sculptures. Enfin, une équation murale comprenant une multitude d’objets recouvre l’un des murs. Ensemble, ces œuvres créent une expérience de délire et de tension dialectique. Contrairement à l’abstraction directe que nous réalisons en fixant le sens total d’une chose, opposé à la « clarté » du principe d’identité qui définit un objet à partir de nos observations, ces opérations fondamentalement visuelles sont des combinaisons d’éléments n’impliquant pas une représentation classique, mais surtout leur seule présence matérielle.


Par exemple, l'œuvre intitulée II Mural présente une série d’objets communs et quelques flèches (similaires aux principes mathématiques de l’implication et de la double implication dans leur logique positionnelle) dessinées à même le mur. Le lien entre ces volumes et ces graffiti est énigmatique. Même si nous ne pouvons pas déchiffrer clairement leurs significations, ils sont néanmoins expressifs et intuitivement lisibles. Il s’agit d'un épochè husserlien dans lequel la matérialité et la force physique des « choses » se manifestent sans intermédiaire. Les symboles d’implication et de double implication sont des connecteurs logiques plus difficiles à assimiler et à associer au langage familier. Dans ce contexte, ils servent à établir des « connexions » entre les objets, mettant en relation ces produits et évoquant un certain type de valeur. En réalité, ils n'ont pas de sens logico-rationnel et ne font que produire un effet de connexion absurde. XXVI – More robust nature… more robust geometry est une autre œuvre définie par les mêmes principes, dans laquelle trois éléments, une pierre, un petit couvercle rond en tôle oxydée et une branche d’arbre tordue, interagissent grâce à un néon qui les longe et les relie. L’éclat fluorescent parcourt chacun de ces éléments pour finalement les unir.


Par ailleurs, dans l'œuvre Unity & Uniformity (La Mitla de hérétiques), plus de 200 plaques en laiton découpé sont disposées sur un diamètre d’environ trois mètres dans le but de représenter des plumes d’oiseaux mésoaméricains en grandeur nature. La structure offre un schéma régulier qui se répète et se multiplie, créant ainsi une texture visuelle parfaite. Il est intéressant de constater que, parmi ces plumes disposées sur le mur, seules deux sont celles d'oiseaux réels. Malgré le contraste de couleur et de matière entre le métal coupé et les véritables plumes, l’effet d'opposition est presque imperceptible étant donné l’échelle de l’installation. Cette touche espiègle nous pousse à nous interroger sur le paysage puissant produit avec les plaques artificielles, et à apprécier la singularité de deux plumes composées de kératine naturelle.
Pour clore ces descriptions, intéressons-nous à l’une des installations de grand format intitulée Crudelitatem (I will say the romans that spread upon the world but it was the world that spread upon the romans). Cette œuvre vaste est composée de sable et de morceaux de céramiques, recouvrant le sol de l’une des salles de l’exposition. Au centre de ce paysage aride s’élève un tronc d’arbre sec en fibre de verre comprenant une seule et unique branche sur laquelle est fixé un nid d'abeilles en céramique. Avec une série d’anneaux cylindriques au rayon différent, le nid déborde de miel épais qui goutte, recouvrant ainsi de sa douceur succulente un crâne humain gisant au pied de l’arbre. Le crâne pouvant ici symboliser un homme mort d’avoir trop attendu de pouvoir manger cet aliment. Le sens énigmatique de cette fable visuelle est efficace : elle suscite le rire et l’agacement. Cette installation agit comme un conte sombre qui, au moment de son décryptage final, nous confronte à notre condition de mortels tout en nous offrant une récompense absurde et douceâtre.


Si le langage est un système de signes formalisé qui génère toutes sortes d'interactions, il s’agit donc de l’outil de socialisation dont nous disposons pour communiquer et apprendre de façon universelle. Pour que cela soit réalisable, il faut tout d’abord respecter des règles strictes et des codes généraux. Cependant, cela ne se produit pas toujours, ce qui entraîne la manifestation d’expressions sortant de l’ordre de la rationalité. La psychanalyse et le surréalisme ont exploré des actions symboliques qui s’établissent conformément à des liens plus complexes et espiègles. L'herméneutique contemporaine, surtout les interprétations impulsées par le poststructuralisme français, possède assez d’éléments pour interpréter ces « figures » de telle façon qu’elles ne restent pas dans une zone obscure et indéchiffrable. D’une certaine façon, les bonnes questions surgissent pour interroger ce type de constructions. Ainsi, il existe des QUESTIONS qui interpellent de façon ponctuelle et qui donnent un sens singulier à ces produits. Voilà les questions formulées par Gabriel Rico dans cette exposition.
 
Patrick Charpenel, directeur exécutif du Museo del Barrio de New York


Plus d’information sur l’exposition


Gabriel Rico (né en 1980 à Lagos de Moreno, Mexique) vit et travaille a Guadalaraja. Il a étudié à l’Instituto Tecnológico y de Estudios Superiores de Occidente de Guadalajara. Son travail a été récemment présenté au travers d’expositions : au Aspen Art Museum, Aspen, USA (2019), à la Biennale de Venise à l’occasion de l’exposition de groupe May You Live in Interesting Times, Italie (2019), à l’Arizona State University Art Museum de Tempe et à la  Power Station de Dallas (toutes les deux en 2017), au Gyeonggi Creation Center d’Ansan-do, Corée du Sud et à la Fundación Calosa d’Irapuato, Mexique (en 2016); au MAZ Zapopan Art Museum de Mexico, à la Korea Ceramic Foundation de Séoul, et à la Fondazione Giorgio Cini de Venise (2015); et à l’Ex-Escuela de Cristo d’Aguascalientes de Mexico (2014).