EXPO // PEINDRE EN PLEIN AIR - SUR LE MOTIF // FONDATION CUSTODIA // PARIS

EXPO // PEINDRE EN PLEIN AIR - SUR LE MOTIF // FONDATION CUSTODIA // PARIS

 .Peindre en plein air - Sur le Motif  -  03 Déc au 03 Avr. 2022

Fondation Custodia
121, rue de Lille
75007 - Paris

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www.fondationcustodia.fr

L’exposition réunissant plus de cent cinquante études à l’huile appartenant à la Fondation Custodia à Paris, à la National Gallery of Art de Washington, au Fitzwilliam Museum de Cambridge et à une collection particulière, propose une nouvelle approche de la peinture de plein air en Europe entre 1780 et 1870.

À la croisée de la peinture et du dessin, ces études de petit format étaient généralement exécutées sur papier. Peintes rapidement sur le motif, elles avaient pour objectif d’exercer l’œil et la main à saisir les fugitifs effets de lumière et de couleur. Parfois terminées ultérieurement en atelier, elles n’étaient toutefois pas conçues comme des œuvres finies destinées à être exposées ou vendues et n’étaient connues que d’un cercle très restreint d’amis, de collègues ou d’élèves. Mais leur fraîcheur et leur immédiateté les rendent aujourd’hui souvent plus séduisantes que l’essentiel de l’œuvre officiel de ces mêmes artistes.

L’esquisse de plein air à l’huile, sur papier ou sur toile, fut adoptée par des artistes originaires de l’Europe entière, et au-delà. Le visiteur trouvera donc dans l’exposition des œuvres de Pierre-Henri de Valenciennes, Achille-Etna Michallon, Camille Corot, Rosa Bonheur, John Constable, Joseph Mallord William Turner, Christoffer Wilhelm Eckersberg, Johan Thomas Lundbye, Vilhelm Kyhn, Johann Martin von Rohden, Carl Blechen et bien d’autres encore. Le parcours n’est ni chronologique, ni organisé par écoles, mais se structure autour des motifs abordés : arbres, rochers, l’eau sous ses multiples formes, volcans, ciels, toits, Rome et la campagne romaine, Capri.

PEINDRE EN PLEIN AIR

Une première section pose la question essentielle du sens : que veut dire « peindre en plein air » ? Évoquant la sensation née de la confrontation avec la nature, ces œuvres engagent également le visiteur à s’interroger sur les modalités pratiques du travail en extérieur. Les artistes avaient en effet à transporter le matériel nécessaire sur des trajets parfois fort longs pour atteindre des lieux reculés. Dans sa vue de Bozen, Coignet représente l’attirail requis du peintre de plein air – boîte de peinture, siège pliant, parasol – avec autant de soin que le grandiose paysage de montagnes.

ARBRES

L’arbre constitue, pour le peintre de paysage, un motif fondamental. On trouve dans cette section de minutieuses études d’arbres isolés ou en groupes, qui restituent fidèlement et dans les moindres détails l’écorce, les mousses, branches et racines, et plus encore les feuillages. Pionnier de la peinture de plein air, Simon Denis nous offre ainsi un gros plan sur un arbre que baigne une lumière dorée. Quelques décennies plus tard, l’artiste danois Janus La Cour livrait une méticuleuse étude d’un bosquet de vieux oliviers. L’inscription qui y figure, « Tivoli 18–30 avril » laisse penser qu’il revint sur le motif plusieurs jours de suite pour de brèves séances de travail, s’assurant ainsi de bénéficier des mêmes conditions de luminosité.

EAUX : CASCADES ET RIVAGES

Motif particulièrement séduisant, l’eau confrontait le peintre de plein air à de multiples défis : dépeindre la déconcertante transparence d’un élément insaisissable dans ses perpétuelles métamorphoses et la gageure de restituer à l’huile le rythme envoûtant des vagues, des courants et de la houle. L’Allemand Christian Morgenstern capte la furie des eaux tumultueuses d’une cascade sur le cours de la Traun, en Bavière. L’esquisse du Baron Gérard évoque, d’une touche très libre, la puissance d’une mer déchaînée et des vagues déferlantes sur un fond rouge orangé qu’embrase le soleil couchant. L’artiste ne vise ici pas tant à décrire un lieu précis qu’à évoquer la mystérieuse immensité de la mer qui enflammait les imaginations romantiques.

ROCHERS, CAVERNES ET GROTTES

Formes, couleurs et textures de la croûte terrestre constituaient, par leur variété, un sujet tout aussi fascinant pour une étude de paysage. Dans une étonnante étude de Vilhelm Kyhn, les rochers sont minutieusement rendus dans des tons de brun et de gris-bleu, les eaux calmes se réduisant à un arrière-plan quasi abstrait. En Italie, les grottes et cavernes qui abondent dans les zones volcaniques exerçaient sur les artistes un attrait tout particulier, et Louise-Joséphine Sarazin de Belmont, l’une des seules femmes paysagistes à peindre en plein air au XVIIIe siècle, en fit l’un de ses sujets.

CIELS ET EFFETS ATMOSPHÉRIQUES

Le ciel, le plus insaisissable de tous les motifs naturels, offrait un inépuisable répertoire d’expérimentations. La rapidité s’imposait pour parvenir à saisir les incessantes métamorphoses de l’ombre et de la lumière en fonction de la course des nuages dans le ciel. Le ciel, sous toutes ses apparences – orageux ou serein, dégagé ou nuageux – eut, avec John Constable, l’un de ses chroniqueurs les plus fervents. Cette lumineuse étude porte la marque laissée par le doigt de l’artiste dans la matière encore fraîche.

LA LUMIÈRE D’ITALIE : ROME ET LA CAMPAGNE ROMAINE

C’est en Italie, qui joue de ce fait un rôle central dans l’histoire de la peinture en plein air, que la plupart des artistes de l’époque s’essayèrent à la méthode. Venus de l’Europe entière, les jeunes peintres affluaient dans la péninsule pour y poursuivre leur formation, poussés vers Rome par le désir de se plonger dans la culture classique et l’étude des maîtres anciens. La présence de sites grandioses et de ruines antiques, la magique lumière du sud et la constance du climat garantissaient un cadre particulièrement favorable pour peindre sur le motif. Camille Corot, figure centrale de l’histoire de la peinture de plein air, est l’incarnation de la transition entre la tradition académique néo-classique et les expériences de l’avant-garde impressionniste qui se manifesta après lui. D’une audacieuse géométrie, la vue étonnamment moderne de San Bartolomeo est considérée comme l’un des chefs-d’œuvre de Corot.

La campagne aux alentours de Rome combinait la beauté naturelle de ses paysages sauvages et la majesté des ruines héritées de son passé classique. On l’appelait « la Campagna » et ce fut pour les peintres de plein air un laboratoire, théâtre de sorties au cours desquelles ils travaillaient ensemble, peignant souvent côte à côte. La surprenante vue d’Olevano fut ainsi réalisée par Caruelle d’Aligny lors d’une excursion avec Corot en avril 1827.

ITALIE DU SUD : LA BAIE DE NAPLES, LES VOLCANS ET CAPRI

Au-delà de Rome, de nombreux artistes poussaient leur périple plus au sud, vers la baie de Naples. Edgar Degas avait des attaches familiales dans la ville et, dans sa jeunesse, y exécuta un ensemble d’études de plein air à l’huile sur papier, restituant à la perfection l’aspect nacré du ciel napolitain. Motif très séduisant, le Vésuve figure dans de nombreuses esquisses peintes dans la région, apparaissant le plus souvent à l’arrière-plan, imposante masse rocheuse en sommeil. La période à laquelle s’intéresse notre exposition correspond toutefois à une phase d’intense activité volcanique et nombreux furent les artistes qui, avides d’assister à l’un des spectacles les plus grandioses que puisse offrir la nature, s’aventurèrent dans de périlleuses excursions. L’étude de Jean-Charles-Joseph Rémond rend ainsi compte de la terrible éruption du Stromboli qui se produisit le 30 août 1842.

L’île de Capri était une destination très prisée des peintres d’Europe du nord et maints artistes allemands et scandinaves y firent des vues emblématiques des côtes rocheuses et des eaux d’un bleu profond. C’est néanmoins une étude anonyme figurant une terrasse inondée d’une éblouissante lumière qui constitue l’un des points d’orgue de cette section.

TOITS, COURS ET RUINES

Cette dernière section ignore délibérément les évocations classiques de Rome et les paysages d’Italie idéalisés pour se tourner vers des motifs infiniment plus humbles, souvent choisis par les artistes dans leur pays natal : vues de toits impromptues, cours de ferme, édifices délabrés, recoins anonymes. Travaillant depuis une fenêtre, Frederik Rohde détaille avec soin les tuiles rouges qui s’offraient à son regard, mais son véritable sujet semble être le vent qui, agitant les peupliers, révèle dans le lointain le clocher d’une église. Brossée avec une plus grande liberté, la cour de ferme d’August Egg donne ce même sentiment d’immédiateté.

TRAVAILLER D’APRÈS NATURE : DU DESSIN À LA PEINTURE

Aux origines de la peinture à l’huile en plein air, se trouve le dessin, et les thèmes évoqués tout au long de l’exposition furent également abordés au fusain, à la craie ou au crayon dès les XVIe et XVIIe siècles. Une sélection de dessins issus de la très riche collection de la Fondation Custodia est insérée sur le parcours de l’exposition, rappelant ainsi l’ancienneté de cette tradition du travail sur le motif.