EXPO // ARTISTES & ROBOTS // GRAND PALAIS // PARIS

EXPO // ARTISTES & ROBOTS  // GRAND PALAIS // PARIS

. du 05 avril  au 09 juillet 2018

Artistes & Robots - Grand Palais

Grand Palais, Galeries nationales
3, avenue du Général Eisenhower
75008 Paris

. www.grandpalais.fr

Cette exposition nous invite à expérimenter des œuvres d’art créées à l’aide de robots de plus en plus sophistiqués. Une quarantaine d’artistes donne ici accès à un monde digital immersif et interactif, à une expérience sensible du corps augmenté, de l’espace et du temps bouleversés. Dans une société de plus en plus robotisée, ces artistes s’intéressent aux nouvelles techniques et jusqu’à l’Intelligence Artificielle qui est potentiellement en train de révolutionner l’existence des humains et la condition de l’œuvre d’art : sa production, son exposition, sa diffusion, sa conservation, sa réception. Nous sommes prévenus : le règne de l’Intelligence Artificielle peut nous aider autant qu’il menace de s’ériger en maître, réduisant les humains à de simples esclaves au service de la performance. À ce jeu dangereux, les artistes ont une longue expérience : depuis les grottes préhistoriques, ils ont toujours détourné la technique au service d’un but pour la soumettre à leurs interrogations et à leur poésie. Des logiciels de plus en plus puissants donnent aux œuvres une autonomie toujours plus grande, une capacité de générer des formes à l’infini et une interactivité avec le public qui modifie le jeu en permanence. La sélection rassemblée ici s’appuie sur les interrogations des créateurs qui sont aussi les nôtres :

Que peut bien faire un robot que ne peut pas faire un artiste? S’il est doté d’une intelligence artificielle, un robot peut-il avoir de l’imagination? Qui décide : l’artiste, l’ingénieur, le robot, les regardeuses et regardeurs, tous ensemble ? Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ? Faut-il avoir peur des robots ? Des artistes ? Des artistes-robots ? 

1. LA MACHINE À CRÉER

L’art et la littérature ont toujours rêvé de créatures artificielles capables de remplacer, voire de dépasser les humains. Au XIXe siècle, Mary Shelley invente un premier héros de science fiction, Frankenstein, l’inventeur d’un monstre qui finit par menacer de détruire l’humanité. Le mot « robot » est employé pour la première fois sur une scène de théâtre, à Prague, en 1920, dans une pièce de Karel Čapek, où les machines esclaves se révoltent. Dès les années 1950, les artistes eux aussi bricolent des robots pour créer, peindre, danser, composer de la musique. Dans la lignée de pionniers (Schöffer, Tinguely, Paik), des créateurs de toutes les disciplines investissent les champs numériques, avec à leur service des outils qui donnent à leurs robots une autonomie croissante. Les machines gagnent en indépendance et leurs mouvements sont parfois si physiques qu’on leur prêterait presque une dimension animale ou humaine, voire une psychologie. « L’absurdité totale, le côté dingue, autodestructif, répétitif, le côté jeu, sisyphien, des machines qui sont coincées dans leur va-etvient : je me sens faire assez valablement partie de cette société. Disons : mon travail en donne un commentaire salé, satirique, dans lequel entre beaucoup d’équivoque. » Jean Tinguely

2. L’ŒUVRE PROGRAMMÉE

Le robot devient invisible. Avec les programmes informatiques et algorithmiques, la technique disparaît au profit de formes générées à l’infini et qui peuvent changer en fonction du mouvement des corps. Les artistes ne passent pas de la réalité au rêve ni du matériel au virtuel, ils expérimentent de nouvelles techniques. Leur palette est un tableau de nombres aux combinaisons illimitées. La question du tempo devient fondamentale et tout va très vite : aussitôt pensé, aussitôt fait. Les formes naissent de l’ordinateur en temps réel. Les images prolifèrent, s’effacent pour laisser place à d’autres, qui se métamorphosent à leur tour. Elles deviennent si autonomes qu’elles semblent remettre en question l’autorité de l’artiste qui délègue à la machine une partie de son pouvoir. On sait comment l’œuvre commence mais pas quand ni comment elle finira. « Rien, pas même nous, ne nous est donné autrement que dans une sorte de demijour, dans une pénombre où s’ébauche de l’inachevé, où rien n’a ni plénitude de présence, ni évidente patuité, ni total accomplissement, ni existence plénière.» Étienne Souriau, Du mode d’existence de l’oeuvre à faire, 1956

3. LE ROBOT S’ÉMANCIPE

En 1951, le mathématicien Alan Turing se demandait si un calculateur numérique pouvait penser. Dans cette lignée, le chef de file controversé du transhumanisme, Ray Kurzweil, promet une Intelligence Artificielle absolue appliquée à tous les domaines sociaux et intimes dans un avenir proche. Il appelle à comprendre et à dominer le fonctionnement du cerveau humain en vue d’une évolution qui nous rendrait plus performants, immortels et téléchargeables. À l’opposé de ce nouveau genre de prophétie, des penseurs font remarquer qu’aucune démonstration scientifique ne permet de penser un tel futur. Des artistes s’emparent de l’atmosphère de ces nouvelles explorations en utilisant le Deep Learning (l’apprentissage sophistiqué des robots), voire en le parodiant ou en le détournant. Alors même que nos vies sont de plus en plus connectées et gérées par des systèmes artificiels, leurs œuvres d’art nous donnent à penser, à ressentir, et à rire des robots. « Tout portrait se situe au confluent d’un rêve et d’une réalité.» Georges Perec, La Vie mode d’emploi, 1978

À LA FIN DE L’EXPOSITION

Les œuvres qui descendent du robot comme nous descendons du singe parlent de poésie, de politique, de philosophie. Elles nous obligent à revoir la mesure de l’humain. Elles sont l’objet d’un travail en commun où s’affairent l’artiste, l’ingénieur, le robot, et nous qui passons en modifiant des œuvres interactives. Le robot devient donc co-auteur. Nous rendra-t-il plus humain, plus artiste, ou plus robot ? « […] j’ai senti que j’essayais de décrire un présent impensable, mais en réalité je sens que le meilleur usage que l’on puisse faire de la science-fiction aujourd’hui est d’explorer la réalité contemporaine au lieu d’essayer de prédire l’avenir (…) La Terre est la planète alien d’aujourd’hui. » William Gibson, 1997


COMMISSARIAT : Laurence Bertrand Dorléac, historienne de l’art, Sciences po Jérôme Neutres, directeur de la stratégie et du développement à la Rmn - Grand Palais Conseil artistique : Miguel Chevalier, artiste Scénographie et mise en lumière : Sylvie Jodar, Atelier Jodar