EXPO // LE REVE AMERICAIN : DU POP ART A NOS JOURS // FONDATION CUSTODIA // PARIS

EXPO // LE REVE AMERICAIN : DU POP ART A NOS JOURS // FONDATION CUSTODIA // PARIS

 .Le Rêve Américain : du Pop Art à nos jours  -  02 juin au 02 sept. 2018

Fondation Custodia
121, rue de Lille
75007 - Paris

.
www.fondationcustodia.fr

L’exposition présente une importante sélection d’estampes américaines issues de la célèbre collection du British Museum. Elle est le fruit d’une collaboration entre la Fondation Custodia, la Terra Foundation for American Art et le British Museum.

Réunissant plus de 100 estampes par quelque 42 artistes américains, Le Rêve américain : du pop art à nos jours offre un vibrant panorama de l’essor de la gravure aux États-Unis depuis 1960. Nombre des plus grands artistes américains figurent dans cette sélection, parmi lesquels Jim Dine, Jasper Johns, Kara Walker, Ed Ruscha et Andy Warhol, qui, tous, se sont confrontés à l’imprimé afin de créer certaines des images les plus marquantes de ces dernières décennies.

Le public peut apprécier l’étendue des capacités expressives de ce médium à travers de saisissantes créations produites au cours des soixante dernières années. Durant cette période à la fois dynamique et tourmentée de l’histoire des États-Unis, les artistes ont répondu aux événements politiques et sociaux qui ont marqué leur pays, de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, à la guerre du Vietnam et au racisme en passant par la récession économique et les problématiques liées au genre. Des sérigraphies colorées pop et des portfolios monochromes des minimalistes aux expérimentations techniques toujours plus audacieuses de ces dernières années, ils ont produit un corpus d’œuvres aussi original qu’ambitieux. L’exposition permet d’admirer cet ensemble de premier plan qui saisit à la fois l’évolution d’une nation et celle de son art.

L’exposition s’ouvre sur les éclatantes œuvres du pop art à travers lesquelles les artistes questionnèrent la distinction entre beaux-arts et publicité grand public. S’appropriant les techniques issues de l’imprimerie commerciale telles que la sérigraphie ou la lithographie, ces derniers ont utilisé des images tirées de journaux, de magazines ou de bandes dessinées pour composer leurs œuvres. Les estampes répétitives et impersonnelles d’Andy Warhol, les représentations inspirées de la BD de Roy Lichtenstein et F-111, lithographie à la fois flamboyante et détonante de James Rosenquist, saisissent l’essence même de ce mouvement.

Suite au tournant engagé par ces tenants du pop art dans le domaine de l’estampe, trois artistes majeurs – Jasper Johns, Robert Rauschenberg et Jim Dine – ont à leur tour exploré les possibilités de l’imprimé dans leurs créations. Collaborant avec des ateliers d’éditions d’art, ils ont tissé des liens particulièrement étroits avec Universal Limited Art Editions (ULAE) à Long Island et Gemini G.E.L.à Los Angeles. Ces ateliers leur ont apporté une grande liberté ainsi qu’un savoir-faire et des infrastructures techniques propices à l’innovation et à la créativité. Rauschenberg a ainsi bouleversé de manière révolutionnaire l’échelle des estampes à travers sa série monumentale Stoned Moon, réalisée en référence au lancement, en 1969, de la mission Apollo 11 qui envoya le premier homme sur la lune. Appartenant à cette série, son imposant Sky Garden a été alors la plus grande lithographie jamais imprimée à la main.

L’exposition explore également l’esthétique plus décontractée qui se développa sur la côte ouest à travers plusieurs œuvres des années 1970. Les lettres d’aspect liquide et orangé de Made in Californiad’Ed Ruscha par exemple, évoquent la fraîcheur d’un jus d’orange pressé. Par ailleurs, les gravures de Cy Twombly et de Willem de Kooning – œuvres éminemment gestuelles – ainsi que les formes géométriques d’une incroyable netteté produites par Ellsworth Kelly et Frank Stella témoignent de la persistance de l’abstraction à cette époque, chez des artistes appartenant à des mouvements stylistiques très divers.

Les artistes minimalistes et conceptuels ont trouvé dans l’estampe un mode d’expression idéal leur permettant d’explorer aussi bien le motif de la grille que les notions d’échelle et de proportion. Réduisant forme, texture et matière à leur quintessence, ils ont souvent produit des séries, opérant de subtiles variations de couleur ou de tracé entre chaque œuvre. On retrouve par exemple dans Untitled (1961-75) de Donald Judd les formes horizontales et verticales inspirées du motif de la boîte qui caractérisent ses sculptures. Ici cependant, la gravure sur bois se distingue de la surface industrielle lisse de ses créations tridimensionnelles par de riches effets de texture.

Aux États-Unis, tous les artistes n’ont cependant pas abandonné la figuration. Dans les années 1970 et 1980, nombre d’entre eux se sont éloignés de l’abstraction et du minimalisme pour mettre au point de nouvelles manières de représenter individus et espaces. Certains comme Chuck Close, Susan Rothenberg, Robert Longo et Philip Guston ont réaffirmé l’importance de la figure humaine, chacun dans un style propre. Leurs imposantes gravures en mezzotinte et à l’eau-forte et leurs lithographies grandeur nature témoignent de leur capacité à créer des estampes particulièrement novatrices.

De nombreux artistes continuent aujourd’hui de s’intéresser aux questions sociales et politiques à travers leurs estampes. Kiki Smith utilise des papiers artisanaux pour aborder des sujets universels. Elle explore ainsi des thématiques féministes telles que les droits des femmes en matière de procréation ou les enjeux liés à la représentation du corps féminin. Kara Walker examine quant à elle les inégalités raciales dans des œuvres complexes qui témoignent de ses qualités de maître-graveur.

L’assurance et l’aplomb ont laissé place à une dissolution progressive du rêve américain dans les États-Unis d’après-guerre, à mesure que la notion même d’exceptionnalisme américain a été ouvertement remise en question par les artistes. L’élan créatif libéré dans les années 1960 persiste encore aujourd’hui dans le travail de nombre d’entre eux qui continuent d’explorer le potentiel de l’estampe. Partie intégrante de leur pratique artistique, ce médium leur permet de s’adresser à un public vaste et d’aborder un large éventail de questions sociales et politiques.