EXPO // MADEMOISELLE // CRAC OCCITANIE // SETE

EXPO // MADEMOISELLE // CRAC OCCITANIE // SETE

.du 21 juil. au 06 jan. 2019

Mademoiselle - Exposition collective

CRAC Occitanie
26, Quai Aspirant Herber
34200 SÈTE

. http://crac.laregion.fr/

Mademoiselle  est une exposition collective qui rassemble une nouvelle génération de femmes artistes internationales, explorant les enjeux (et les paradoxes) liés à la féminité contemporaine, à travers un large éventail de médiums et de sujets. Faisant référence à l’interdiction récente du titre « Mademoiselle », et s’inspirant de l’actuel intérêt pour les droits des femmes — connu sous le nom de phénomène « #MeToo » — l’exposition entend montrer l’héritage, l’évolution et la diversification des stratégies et des théories féministes.

Le choix de ne sélectionner que des artistes femmes n’est pas censé refléter l’existence d’une « différence essentielle » entre l’art des hommes et celui des femmes, ni affirmer l’existence d’une « esthétique féminine » ; il entend rendre compte de l’évolution des formes artistiques et des thématiques introduites par le mouvement féministe des années 1960 et 1970, et son influence sur le travail d’une génération de femmes artistes qui en a bénéficié.

Cela inclut des recherches sur la féminité, l’art corporel, les pratiques domestiques ou les méthodes collaboratives de travail, ainsi que des préoccupations sociales et politiques, telles que l’iconographie de la violence envers les femmes, les structures économiques et de pouvoir au travail, et une critique des modèles féminins traditionnels.

Dans ce cadre conceptuel, j’utilise le concept de « paraféminisme » inventé par la théoricienne de l’art Amelia Jones : « para » signifiant ici à la fois à côté et au-delà, ne se substituant pas aux féminismes antérieurs mais cherchant à étendre leur champ d’action. Jones soutient que l’héritage le plus significatif du féminisme consiste en « une plus large articulation d’une politique de la position dans le champ visuel », liée au corps.

Mademoiselle se présente comme un itinéraire composé de neuf salles, chacune étant à la fois organisée pour répondre à des problèmes spécifiques et en relation avec d’autres, mettant ainsi en lumière les différences et les tensions entre les œuvres.

La salle inaugurale contient, entre autres, les œuvres érotiques d’Elsa Sahal et de Nevine Mahmoud représentant des fragments d’un corps de femme, comme fétichisés par le regard masculin ; elle fait écho à une salle du premier étage qui montre, à l’inverse, un regard féminin sur les hommes et la sexualité en général, notamment dans les travaux de Celia Hempton ou d’Anetta Mona Chisa et Lucia Tkacova.

Les réflexions de Sara Cwyner sur le consumérisme, le sexisme, le pouvoir et l’obsolescence contrastent ainsi avec l’installation et la performance de Liv Wynter dans la pièce voisine, qui dénonce la rhétorique vide et l’indifférence qui accompagnent la violence subie par les femmes dans la sphère privée.

Le travail de Sanam Khatib, qui présente des figures féminines puissantes dans des tableaux évoquant les tapisseries médiévales, tente de réécrire l’histoire de l’art d’un point de vue féminin. Il se trouve à l’étage, dans une salle qui donne sur les  œuvres d’Anna Uddenberg et de Verena Dengler, dont les sculptures futuristes témoignent d’une foi envers le pouvoir des femmes.

Mademoiselle développe les prototypes contemporains de la féminité, l’oppression des femmes et l‘aliénation vécue dans leurs relations sociales et personnelles, les droits collectifs, l’autonomisation individuelle par l’hédonisme et le narcissisme, la visibilité médiatique et la sexualisation générale de la culture. L’exposition rebondit également sur les modèles en vigueur de la « jeunitude » et de la « féminitude » — en référence au concept de la « jeune fille » développé par Tiqqun dans « Premiers matériaux pour une Théorie de la Jeune Fille » : idéal de la société de consommation, facteur d’intégration et de succès…

C’est avec un certain dédain pour les conventions et les tabous (naïf ou pas), que ces artistes travaillent à la convergence entre ces diverses histoires du féminisme et d’autres aspects de la politique et de la critique sociale, allant au-delà d’un récit féministe unique, pointant ainsi les obstacles qui se dressent devant l’émancipation des femmes.

Les artistes réunies dans Mademoiselle  traitent ces questions avec humour, un humour qui semble non seulement fournir une certaine distance critique leur permettant d’évaluer les avancées et les reculs du féminisme, mais constitue également une stratégie pour élaborer de nouveaux potentiels du féminisme, pratiques comme théoriques.

Tara Londi
Commissaire de l’exposition

Les artistes :
Rebecca Ackroyd Bianca Argimon Zoë Buckman Anetta Mona Chisa & Lucia Tkacova Charlotte Colbert Pauline Curnier-Jardin Sara Cwynar Verena Dengler Leni Dothan Eliza Douglas Mimosa Echard Gery Georgieva Celia Hempton Suzanne Husky Oda Jaune Jesse Jones Clementine Keith-Roach Sanam Khatibi Romana Londi Tala Madani Nevine Mahmoud Zanele Muholi Florence Peake Mai-Thu Perret Laure Prouvost Mika Rottenberg Lisa Rovner Elsa Sahal Tschabalala Self Apolonia Sokol Maria Thurn und Taxis Anna Uddenberg Ana Vega Ambera Wellmann Zoe Williams Liv Wynter