PODCAST // UN ETRANGER NOMME PICASSO // L'ART EST LA MATIERE // FRANCE CULTURE

PODCAST // UN ETRANGER NOMME PICASSO // L'ART EST LA MATIERE // FRANCE CULTURE

Une enquête éblouissante sur les coulisses de la gloire de Picasso.

Un étranger nommé Picasso 1/2


Oui Picasso ! Encore me direz-vous. Et un livre peut être le millième sur le sujet oui, mais quand même, mais cette fois-ci un angle inédit et passionnant !

Picasso, cet émigré espagnol immédiatement suspect dès son arrivée à Paris en 1901 alors que la France s’effraie des anarchistes et des étrangers, et qu’il fréquente justement les bars louches, les bordels, les apaches, les autres Espagnols de Paris. 

Picasso le frénétique amant de la vie moderne, comme le décèle le critique d’art Gustave Coquiot dès 1901, mais aussi selon la police, le métèque au regard sombre, au langage incompréhensible, sûrement un étranger dangereux qui trame de mauvais coups. La preuve, il peint des saltimbanques, des marginaux, rien qui inspire confiance. Puis le cubisme, cet art qui évoque l’Allemagne, qui défie le bon goût français qui est défendu par Kahnweiler ou Carl Einstein, n’est-il pas intoxiqué par les "boches" ? Mais Picasso qui sort de la misère absolue des premiers voyages parisiens devient la figure majeure que le monde, les Américains, les Russes acquièrent à prix d’or, puis Picasso l’ami des surréalistes qui s’acoquine avec les Russes, adhère au parti communiste, tout cela est louche encore et encore.

Le grand pays dont les grands maîtres du vingtième siècle s’appellent, parmi d’autres, Miró, Brâncuși, Dali, Brauner, Wols, Max Ernst ou encore Apollinaire ou Ghérasim Luca, cette France, enrichie de ces talents venus d’ailleurs, refusera, au grand monstre de la peinture du XXe siècle, la nationalité française.

Il faudra attendre 1951 pour qu’un premier tableau soit acheté par le musée national d’art moderne. Quarante ans après les Russes, et après avoir refusé le don des Demoiselles d’Avignon au Louvre.

Ce livre se lit comme un roman, s’y déchaîne les paradoxes de la capitale des arts, à la fois le laboratoire de la modernité, et refusant de célébrer les immenses talents qui s’y trouvent. Une galerie de portraits, les génies, les poètes visionnaires, les regardeurs les plus aigus et les flics, les balances, les traitres, les antisémites, les réacs... Et l’intelligence de Picasso qui se fraie un chemin ardu parmi ces contradictions. Pour parler de cet envers du décor son auteur qui a mené une enquête éblouissante sur les coulisses de la gloire de Picasso. Une enquête qui résonne évidemment avec notre époque d’aujourd’hui, ses peurs et ses stigmatisations.

Chargée de recherche : Maurine Roy

Un étranger nommé Picasso 2/2




Nous avons dans un épisode précédent de L'art est la matière, raconter l'arrivée pénible de Picasso à Paris en 1900. Sa conquête progressive du monde de l'art qu'il lui valut après beaucoup d'efforts, de privations, de dangers, d'incertitudes sur son sort, d'incarner, bien qu'Espagnol, l'avant-garde en France. 

Annie Cohen-Solal décrit, et c'est passionnant, dans son livre cette conquête des milieux intellectuels, et la façon dont en s'alliant de façon privilégiée avec d'autres étrangers d'Apollinaire à Kahnweiler, de Carl Einstein à Diaghilev, il parvint à s'imposer. 

Nous vîmes également la méfiance de l'administration française, qui des quatre inénarrables balances aux patronymes de pieds nickelés, Finot, Giroflé, Barnibus et Foureur et aux incompétences de la haute administration, conduisirent la France a refusé la nationalité à celui qu'alors les Etats-Unis, l'Europe, la Russie célébraient comme le plus grand artiste vivant.

Revenons aujourd'hui sur Picasso avant-guerre. Picasso inquiet de la fragilité de son statut, inquiet d'être exilé, inquiet de la confiscation possible de ses oeuvres. Décryptons ses peurs de s'engager officiellement dans des causes politiques autour des débats par exemple provoqués par Aragon et suivons le lorsqu'il n'y tient plus et se solidarise avec les républicains pendant la guerre d'Espagne. Observons les réactions de l'Amérique, attristons-nous du départ des Demoiselles d'Avignon au MOMA après que la donation a été refusée par la France vers 1932. Suivons aussi Picasso pendant et après la guerre, alors qu'il adhère au Parti Communiste, comprenons ce que cela signifie pour lui, en quoi cela le renforce, alors qu'il est devenu une gloire nationale. Observons sa générosité extraordinaire, quand les uns ou les autres dans les petites villes conservateurs, veulent célébrer, montrer, posséder Picasso. 

Avec Annie Cohen-Solal, traversons cette période noire et blanche de sa vie, Sombra y sol, Sol y sombra... 

Lectures des textes : Lara Bruhl

Chargée de recherche : Maurine Roy