EXPO // CHANTAL AKERMAN - FROM THE OTHER SIDE // MARIAN GOODMAN GALLERY // PARIS

EXPO // CHANTAL AKERMAN - FROM THE OTHER SIDE // MARIAN GOODMAN GALLERY // PARIS

Chantal Akerman : From the Other Side - 09 Dec. - 05 Feb. 2022

Marian Goodman Gallery
79 rue du Temple
75003 Paris

.www.mariangoodman.com

« Même si mon travail utilise la répétition et l'épuisement, en effet, en tant qu'être humain, je ne veux pas être dans l'épuisement. J'ai besoin que les choses soient à chaque fois inédites. » Chantal Akerman

La Galerie Marian Goodman a le plaisir de présenter une exposition de Chantal Akerman, cinéaste majeure de la
seconde moitié du XXe siècle, réunissant deux installations vidéo : From the Other Side (2002) et Je tu il elle,
l’installation (2007). Ces œuvres abordent chacune à leur manière les thématiques principales qui habitent le cinéma
d’Akerman telles que la frontière, l’enfermement ou encore l’altérité. Comme presque toutes ses installations, les deux
œuvres sont liées à des films conçus pour les écrans de cinéma, De l’autre côté et Je tu il elle, qui seront projetés au
cinéma Luminor - Hôtel de Ville parallèlement à l’exposition.

Présentée au rez-de-chaussée de la galerie, Je tu il elle, l’installation est une pièce inédite. Elle a été créée en 2007 à
partir de son premier long-métrage de fiction Je tu il elle (1974). En trois tableaux, le film met en scène trois
personnages interprétés par Claire Wauthion, Niels Arestrup et Chantal Akerman elle-même. Je (Akerman alors âgée
de 24 ans) est le personnage principal, tu est le ou la destinataire des lettres qu’elle écrit, il est un camionneur qui se
confie sur ses relations aux femmes, tandis que elle est la jeune femme qu’elle rejoint chez elle. Comme dans son
premier court-métrage Saute ma ville, Chantal Akerman illumine de sa présence, à la limite du burlesque. La première
partie où elle est recluse chez elle et répète les mêmes gestes d’un quotidien prisonnier de l’espace domestique,
annonce l’héroïne de son film emblématique Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles qui sortira un an
plus tard. Le film est aussi en avance sur son temps par la représentation de la sexualité lesbienne. Audacieux dans sa
narration et dans sa forme, il affirme ce qui deviendra la signature de son cinéma : les travellings, le cadrage précis et
frontal, la voix off, et surtout les plans-séquences qui se prolongent dans la durée. Cette temporalité est pleinement
revendiquée par Akerman qui met en avant l’expérience suscitée : « Je voudrais que le spectateur éprouve une
expérience physique par le temps utilisé dans chaque plan. Faire cette expérience physique que le temps se déroule en
vous, que le temps rentre en vous. »

Le passage du film à l’installation a permis à Chantal Akerman d’expérimenter autrement le temps mais aussi
d’explorer la mise en espace. Le dé-(re-)montage des images et des sons et leur spatialisation ont toujours été réalisés
avec la complicité de Claire Atherton, qui l’a aussi accompagnée pour le montage d’un grand nombre de ses films. La
découverte de ce nouveau processus de création lui a procuré une liberté totale et lui a permis de retrouver l’innocence
de ses premiers films : « Quand je m’attelle au matériau des installations, c’est comme un tournage de documentaire,
tu ne sais pas où tu vas arriver, tu sculptes une matière, elle se met à s’organiser toute seule, et tout à coup l’œuvre est
là, elle arrive comme une évidence. (…) Dans les installations je ne suis pas de fil, c’est magique, les possibilités
multiples surviennent tandis que je malaxe la matière et c’est elle qui m’entraîne. Je la travaille, elle devient autre, et
voilà on y est. L’invention provient de la transformation, le processus est libre et fascinant, une pure jouissance. »

Ainsi avec Je tu il elle, l’installation, Akerman livre sa libre réécriture d’une fiction réalisée plus de trente ans
auparavant, en réarticulant les images sur trois projections. Cette juxtaposition simultanée des trois parties du film
déconstruit la linéarité temporelle de la narration et crée de nouvelles résonances dans l’espace.
Au niveau inférieur de la galerie, From the Other Side (2002), tout comme le documentaire De l’autre côté conçu la
même année et présenté hors-compétition au Festival de Cannes, s’intéresse au sort des migrants mexicains qui
cherchent à passer la frontière avec les Etats-Unis, déportés contre leur gré par les autorités américaines dans une
région montagneuse et désertique de l’Arizona. « C’est une histoire vieille comme le monde et pourtant chaque jour
plus actuelle. Et chaque jour plus terrible. Il y a des pauvres qui au mépris de leur vie parfois doivent tout quitter pour
tenter d’aller survivre, vivre ailleurs. Mais ailleurs on n’en veut pas. Et si on en veut, c’est pour leur force de travail.
Travail dont soi-même on ne veut plus. »

Touchée par leurs destins et leurs histoires personnelles, Akerman collecte leurs témoignages, avant, elle-même, de
traverser les paysages du désert de Sonora et de passer progressivement « de l’autre côté » où elle poursuit ses
entretiens avec des officiers de la border patrol ou la population locale. Au-delà des images, l’installation comme le
documentaire, témoigne de la sidération d’Akerman face à la tragédie se déroulant sous ses yeux, et les nôtres, faisant
d’elle la porte-voix d’une humanité en exode.

L’installation From the Other Side, spécialement conçue pour la Documenta XI en 2002, n’a pas été montrée depuis
plus de 10 ans. Elle se déploie en trois temps et en trois espaces, et les images tournées par Chantal Akerman ou bien
issues des archives récupérées auprès des autorités américaines, défilent sur des moniteurs qui rythment un
environnement dense et immersif. A l’image d’Akerman qui traverse le désert, le visiteur parcourt deux salles avant de
se retrouver confronté à une installation dans l’installation, une mise en abyme poétique sous la forme de la projection
finale Une voix dans le désert. « C'est avec l'installation de la Documenta que je me suis prise au jeu de l'art. Pour la
première fois, j'ai eu l'idée de l'installation avant le film. Je voulais mettre un écran à la zone frontière du Mexique et
des Etats-Unis, y projeter une partie du film, et le refilmer dans cet espace, son espace authentique. La troisième
partie de mon installation est née avant tout le reste. »

Parallèlement à l’exposition, deux séances exceptionnelles sont proposées au cinéma Luminor - Hôtel de Ville, 20 rue
du Temple : la projection de Je tu il elle (1974) mardi 14 décembre à 20h introduite par Elisabeth Lebovici, et celle de De
l’autre côté (2002) mardi 18 janvier à 20h présentée par Claire Atherton.

Un colloque international dédié à l'œuvre de Chantal Akerman, "Intérieurs sensibles de Chantal Akerman : films et
installations - passages esthétiques" se tiendra le 27 janvier 2022 à l'INHA et le 28 janvier 2022 au Centre Pompidou et
au Centre de l'université de Chicago à Paris, organisé par l'IRCAV - Institut de recherche sur le cinéma et l'audiovisuel
(Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3), en partenariat avec le service des Nouveaux Médias du Centre Pompidou et
avec le Centre de l'université de Chicago à Paris.

Chantal Akerman (1950-2015) est une cinéaste, artiste et écrivain belge ayant longtemps vécu à Paris. Elle réalise son
premier court-métrage Saute ma ville à l’âge de 18 ans. Après plusieurs années passées à New York dans le milieu du
cinéma underground et expérimental, Akerman dirige son premier long-métrage, Je tu il elle, en 1974. Sa filmographie
riche et multiforme compte près de cinquante films, aussi bien des court-métrages que des longs métrages. Parmi ses
films de fiction les plus importants, nous pouvons citer Jeanne Dielman, 23, Quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1975),
les comédies Golden Eighties (1986) et Un divan à New York (1995), les adaptations littéraires La Captive (1999) et La
Folie Almayer (2013). Elle est également l’auteure de plusieurs documentaires tels que la trilogie comprenant D’est
(1993), Sud (1999), De l’autre côté (2002). No Home Movie (2015), son dernier film, a été terminé juste avant son
décès. Depuis 2014, un grand nombre de rétrospectives consacrées à son cinéma ont été organisées dans de nombreux
pays, notamment à la Cinémathèque française en 2018.

De 1995 à 2015, Chantal Akerman a créé une vingtaine d’installations vidéo, présentées de son vivant dans de
nombreux musées internationaux tels que le Jeu de Paume, le MNAM - Centre Pompidou à Paris, le Walker Art Center
à Minneapolis, le SFMOMA à San Francisco ou encore le Kunstmuseum Wolfsburg en Allemagne. Chantal Akerman
participe en 2002 à la Documenta XI à Kassel, en 2010 à la 29e Biennale de Sao Paulo et en 2011 à la 49ème Biennale de
Venise avec sa dernière grande installation NOW. Ces dernières années son œuvre artistique a fait l’objet d’importantes
expositions personnelles : en 2020 au Eye Filmmuseum à Amsterdam, en 2019 au Museum of Contemporary
Art(MOCA) à Toronto, en 2018 à Oi Futuro à Rio de Janeiro, en 2015 à Ambika P3 Gallery, University of Westminster à
Londres. Ses installations figurent dans les collections du Centre national des Arts Plastiques (CNAP) à Paris, du Jewish
Museum à New York, ou encore du Museu d'Art Contemporani de Barcelona (MACBA). Chantal Akerman est
également écrivain et l’auteure de plusieurs livres notamment Hall de Nuit (1992), Une famille à Bruxelles (1998), Ma
mère rit (2013).

Cette exposition a été conçue en collaboration avec la Fondation Chantal Akerman et la CINEMATEK – Cinémathèque
Royale de Belgique.